17.07.2009

L'Achères est titre, chap.III

Car dans cet océan de médiocrité où il se trouvait baigner, il se sentait disposé à suivre n’importe quoi ou n’importe qui qui lui promettrait, sinon l’aventure, comme on entend parfois lorsque l’on s’amuse de l’innocente fugue d’une adolescente, mais tout au moins de toucher du doigt des territoires qu’il ne faisait jusque là que pressentir. Quoiqu’il se jugeât trop intelligent pour tomber sincèrement aux mains des mystiques aussi crédibles soient-ils, il souhaitait que -et peu importe la cause invoquée- son téléphone sonne ou qu’on l’arrête dans la rue pour lui transmettre la parole de Jésus, les enseignements de Krisna ou les divagations au final tout à fait recevables d’un parti politique de prime abord risible comme l’était alors le parti royaliste. Sans doute estimait-il qu’en étant interpelé de la sorte, ces fanatiques de tout poil témoigneraient ainsi de la valeur qu’ils auraient décelée en lui et qui, sans un effort de sa part, pouvait être connue de tous et, en l’occurence, exploité enfin, et non laissé inutilement dans un état d’inaction qui le rendait furieux.
Il avait d’ailleurs tenté de discuter avec un vieillard égaré et probablement ivre qui, parce qu’il lui avait prononcé le terme de valeur, associé à ceux de récompense et d’élection (mot qui l’avait fait autant frémir pour sa signification que pour le naturel avec lequel il était prononcé alors que déjà beaucoup en avaient perdu le sens), semblait détenir à ses yeux une sorte de vérité sur le Créateur, les choses créées, et donc lui-même, lui en tant que créature parmi d’autres mais s’en distinguant pourtant par ce choix qui s’est arrêté sur lui et s’est manifesté, il ne pensa pas même à le déplorer, par la bouche éméchée du vieil homme. Le vieux lui expliquait à quel moment la religion chrétienne avait, par la faute de l’homme, décliné. A l’en croire le problème venait de ce que la foi, en tant que système, ne pouvait être abordée qu’avec une méthode logique, mathématique, un esprit cartésien, bafouilla-t-il plusieurs fois, et que les croyants comme les hérétiques l’avaient fait passer dans le domaine de la littérature, où elle devenait dès lors sujette aux attaques les plus efficaces. Lui aurait voulu approfondir ce point qui l’intéressait particulièrement au sens où il le chagrinait, arguant que, tout système que se devait d’être une religion, le croyant devait l’intérioriser afin de se l’approprier et d’y adhérer sincèrement, et qu’en ce domaine les mathématiques étaient incompétentes, à l’inverse des évangiles qui, atteignant de manière la plus directe le cœur, y inscrivaient profondément les principes religieux. De son côté le vieux ne tenait pas tant à défendre sa théorie, céda trop facilement la partie sur ce point et passa rapidement à ses autres marottes qui pouvaient se résumer à la simple phrase “Chirac est un espion à la solde des Russes, et c’est lui qui a tué Coluche, et Reagan aussi”. Sans même se demander si le Président de la République avait le permis poids lourds et en quoi celui-ci pouvait avoir interféré sur le diabète du président américain, il essaya de faire revenir le vieillard à sa théorie sur la mathématique du système religieux, quitte à anéantir l’idée d’une foi plus volontiers littéraire qu’il s’était lui-même forgé. Le vieux brisa là, jeta une parole de circonstances sur l’avenir de l’humanité -dans son ensemble, et non plus son seul interlocuteur comme auditeur privilégié- et s’éloigna, navré et sans doute un peu fâché de n’avoir pu développer devant quelqu’un qui lui semblait pourtant intéressé l’idée d’un complot international au cœur duquel il était légitime de placer les cours intensifs de russe de monsieur Chirac. Lui, de son côté, reprit son chemin, la tête toujours remplie de grandes ambitions spirituelles, cherchant le moyen de se rendre disponible à l’Appel qui allait indéniablement le désigner, et quelque part rembruni que ce soit cette valeur, la sienne, qu'il cherchait tant à publier, qui ait fait fuir la seule personne désireuse, avant longtemps, de s’entretenir avec lui de mystique.

26.11.2008

L'obsession de la tête coupée

[Brahma, Louis XVI, Orphée, Argus, Pompée, Cyrus le grand, Itys, Méduse, Jean, Pierre, Paul, Jean-Baptiste, Holopherne et David, saint Denis et imitateurs, Catherine d'Alexandrie, Symphorien, Protais, Julien de Brioude, Janvier, Quentin, Georges, Fabien, Thomas Becket, Lady Jane Grey (Marie Stuart ?)- je continue de chercher et compte sur vous - l'hydre de Lerne ne comptant pas]

 

ORPHEE, de dos, sur le balcon, il se penche.- Mesdames ! (Rafale de tambours.) Mesdames ! (Rafale de tambours.) Mesdames ! (Rafale de tambours.)
Il se précipite vers la droite, partie invisible du balcon. Les tambours couvrent sa voix. ténèbres. Heurtebise tombe à genoux et se cache le visage.
Tout à coup une chose vole par la fenêtre et tombe dans la chambre. C'est la tête d'Orphée. Elle roule vers la droite et s'arrête au premier plan. Heurtebise pousse un faible cri. Les tambours s'éloignent.

 

Scène X
Heurtebise, la tête d'Orphée, puis Eurydice

LA TÊTE D'ORPHEE. Elle parle avec la voix d'un grand blessé.- Où suis-je ? Comme il fait noir... Comme j'ai la tête lourde. Et mon corps, mon corps me fait si mal. J'ai dû tomber du balcon. J'ai dû tomber de très haut, de très haut, très haut sur la tête. Et ma tête ? Au fait, oui... je parle de ma tête... Où est-elle, ma tête ?  Eurydice ! Heurtebise ! Aidez-moi ! Où êtes-vous ? Allumez la lampe. Eurydice ! Je ne vois pas mon corps, je ne trouve plus ma tête. Je n'ai plus ni tête ni corps. Je ne comprends plus. Et j'ai du vide, j'ai du vide partout. Expliquez-moi. Réveillez-moi. Au secours ! Au secours ! Eurydice ! (comme une plainte.) Eurydice... Eurydice... Eurydice... Eurydice... Eurydice... Eurydice....
Entre Eurydice, sortant du miroir. Elle reste sur place.
EURYDICE.- Mon chéri ?
LA TÊTE D'ORPHEE.- Eurydice... C'est toi ?
EURYDICE.- C'est moi.
LA TÊTE D'ORPHEE.- Où est mon corps ? Où ai-je mis mon corps ?
EURYDICE.- Ne cherche pas. Ne t'agace pas. Donne-moi la main.
LA TÊTE D'ORPHEE.- Où est ma tête ?
EURYDICE, prenant le corps invisible par la main.- J'ai ta main dans ma main. Marche. N'aie pas peur. Laisse-toi conduire.
LA TÊTE D'ORPHEE.- Où est mon corps ?
EURYDICE.- Près de moi. Contre moi. Maintenant, tu ne peux plus me voir, et j'ai la permission de t'emmener.
LA TÊTE D'ORPHEE.- Et ma tête, Eurydice...ma tête...où ai-je mis ma tête ?
EURYDICE.- Laisse, mon amour, ne t'occupe plus de ta tête...
Eurydice et le corps invisible d'Orphée s'enfoncent dans le miroir.

 

Cocteau, Orphée, scène IX-X

21.10.2008

Le talent, c'est une question de rythme,

Et ceux qui vous diront le contraire ne seront autres que ceux qui arrivent toujours en retard ou n'arrivent jamais à rien.

Maintenant que le blog d'Arthur -i.e. Arthur.li- est mort, et que le mois de deuil est dépassé, il faut ne plus se complaire dans le chagrin, mais au contraire profiter de cette opportunité. Car oui, je vous le dis, c'est sur les ruines d'Arthur.li que j'érigerai mon royaume triomphant. arthur est mort, vive arthur. Je vous raconterai donc bientôt pourquoi je fume des JPS Black et ce que je pense du dernier Alex Beaupain - mais comme je ne sais pas faire, je ne vous mettrai pas des extraits, vous l'irez écouter au Virgin Megastore, comme n'importe quelle personne de goût.

Mais pas ce soir, je suis fatigué.