22.02.2007

Le 21 février à Paris

Réveil dans le IVème. Il fait moins beau qu'hier, j'ai un début d'angine, mais tant pis, je prends un grand verre de jus de raisin et une biscotte de confiture. Confiture de framboise, la journée commence bien.
Je me lave, me maquille, trouve ça moche, me relave, et file vers l'arrêt de bus en disant bonjour à Rimbaud.

Le Vème est plus joli sous la pluie et dans un bus. Je me suis promis de prendre une matinée de ces vacances à grimper dans n'importe quel bus. Toujours dans le Vème, j'apprends tour à tour que la Tchécoslovaquie ne pouvait absolument pas être fasciste en 1930, que Mao est mort trop tôt, et je vérifie que, non, le Montherlant n'est pas un glacier, mais sans doute le seul auteur tragique du XXème siècle. J'envoie chier D. qui me réclame comme escort-boy et liftier, et je file dans le Ier.

Découverte, dans le Ier, du Starbeurks du Louvre. J'achète, en attendant, deux cartes postales à la boutique souvenir. Une Goya, et une Rembrandt. J'écris au dos de la Goya une baffouille pour L., je me relis, je me trouve très idiot. Je m'apprête à la déchirer quand mon rendez-vous arrive, un garçon qui, même blond, est séduisant en diable. Je le dévorerai des yeux autant que possible, résigné à ce que je ne lui plaise pas - gasp. On file à Opéra.

IIème, achat de millies cookies dans le métro. J'en mange finalement plus que lui à qui je dois un service. Quelques paroles de misanthropie en remontant vers Saint-Augustin et en évitant la foule des Grands Magasins.

Aperçevant le Gare Saint Lazare (IXème), je songe que cela fait quatre fois en deux jours que je passe devant, alors que, même quand j'habitais dans le IXème, cela ne m'est jamais arrivé.

Le VIII, c'est vraiment un arrondissement en trop. D'ailleurs on l'a bien compris ; c'est là qu'on a mis toutes les boutiques ; les rez-de-chaussée ne comptent pas plus que les étages. Tant pis, nous ne faisons que passer, qu'il achète son bidule, avant de rentrer vers le Louvre. Nous nous parlons, parfois peu. Ce garçon est vraiment très agréable.

Il me dit au revoir dans le IIIème, à l'Hôtel de Ville, en me serrant la main au passage piéton. Je le regarde partir. Pas trop longtemps, je dois résister. D'ailleurs, je le perds dans la foule et le soir tombant. Plutôt que de rentrer chez moi ou de retourner travailler dans le Vème, je grimpe à l'étage papeterie du BHV, j'achète des enveloppes et, sans la relire, je glisse dans l'une d'entre elles la carte que j'avais écrite le dos à la vitre du starbeurks. Comme je n'ai ni timbre ni patience, je vais moi-même déposer la lettre, direction le XIIIème.

Décidément pris à la gorge, je tousse dans le hall d'entrée de l'immeuble de L. Sans même penser à m'attarder plus dans ce lieu que j'ai infecté de mes miasmes, je grimpe à son étage, tente en vain de glisser la lettre sous sa porte blindée qui ne laisse rien passer. Je reste un quart d'heure sur les marches, à calmer mon coeur. Je coince finalement la lettre relativement maladroitement et je file. En rentrant vers le métro, je me perds dans le quartier chinois. J'entre chez le premier traiteur, je lui demande pour "heu (je compte ma monnaie), un euro de riz cantonais". Foutue gorge, il a dû mal entendre, et m'en met une pleine portion, pour 3euros. Je m'en fiche, j'ai faim, je lui passe un billet de 10, et en profite pour ajouter à mon addition un samossa de poulet qu'il réchauffe au micro-ondes, et que je vais manger assis sur le rebord étroit d'une cour commune, face à un "buffet à volonté". Je me dis qu'un jour j'inviterai O. dans un "all you can eat". Ce sera farouchement bon, et on se fera vomir après, avec de l'eau chaude salée et des doigts dans l'angine. Je trouve le chemin du premier métro, souris devant le Mac donald's dont l'enseigne est traduite en chinois. J'ai hésité à foncer rechercher cette lettre idiote, qui me semblait plus idiote encore à mesure que des morceaux m'en revenaient en tête. Mais je ferme les yeux assez longtemps pour manquer la station où j'aurais dû, pour ce faire, descendre. Je rentre chez moi, direction le IVème.

Un trentenaire décoloré me tient la porte du métro et me guigne. En sortant, je traite Rimbaud de ptit con. Ironie du sort, c'est moi qui ai une lettre. De D. Nostalgique et violente, pleine de reproches et d'amertume. Je pousse un soupir, je prépare un litre de chocolat chaud que j'engloutis dans un thermos, j'enfile mes chaussures, et je vais directement chez elle, plutôt que de trop réfléchir à ce qu'elle a écrit. Je suis vraiment si détestable depuis que je suis entré en prépa ?

Retour dans le IXème. Je ne veux même pas entendre parler de Saint Lazare. Je descends un arrêt trop tôt et fais le reste à pied. Explications sommaires, excuses réciproques, and all that jazz. Je repars chez moi soulagé et allegé d'un thermos chocolat-piment-canelle.

Je fais mine de ne pas voir Rimbaud, je sifflote 'Tout le monde veut dev'nir un cat' en remontant ma rue. J'ai un instant la légère crainte de voir, au mieux, L. devant ma porte, baigant de larmes ma carte (how smart!), au pire, la lettre, pas même ouverte, coincée, aussi maladroitement que je l'ai fait dans la sienne, dans ma porte. Rien de tout cela. J'enlève enfin mes chaussures. J'éteins.

Commentaires

N'empèche, j'ai porté mes bagages tout seul...Je l'oublirais pas de sitôt.

Ecrit par : Monsieur D | 22.02.2007

Un road-movie parisien d'une journée, où l'on tente parfois d'identifier les lieux ou les figures fréquentées...
Une journée bien remplie, chargée en émotions, en non-dits, en tensions, en connivences...

Très beau récit !

Ecrit par : Fabien | 22.02.2007

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