23.03.2007
A l'histoire, Caligula, à l'histoire!
CALIGULA.- Ah! c'est toi [Il s'arrête, un peu comme s'il cherchait une contenance]
Il y a longtemps que je ne t'ai pas vu. [avançant lentement vers lui] Qu'est-ce que tu fais ? tu écris toujours ? Est-ce que tu peux me montrer tes dernières pièces ?
LE JEUNE SCIPION[mal à l'aise, lui aussi, partagé entre sa haine et il ne sait pas quoi.].- J'ai écrit des poèmes, César.
CALIGULA.- Sur quoi ?
LE JEUNE SCIPION.- Je ne sais pas, César. Sur la nature, je crois.
CALIGULA [plus à l'aise].- Beau sujet. Et vaste. Qu'est-ce qu'elle t'a fait la nature ?
LE JEUNE SCIPION[se reprenant, d'un air ironique et mauvais].- Elle me console de n'être pas César.
CALIGULA.- Ah! et crois-tu qu'elle pourrait me consoler de l'être ?
LE JEUNE SCIPION[même jeu].- Ma foi, elle a guéri des blessures plus graves.
CALIGULA[étrangement simple].- Blessure ? Tu dis cela avec méchanceté. Est-ce parce que j'ai tué ton père ? Si tu savais pourtant comme le mot est juste. Blessure! [changement de ton] Il n'y a que la haine pour rendre les gens intelligents.
LE JEUNE SCIPION[raidi].- J'ai répondu à ta question sur la nature.
[Caligula s'assied, regarde Scipion, puis lui prend brusquement les mains et l'attire de force à ses pieds. il lui prend le visage dans ses mains]
CALIGULA.- Récite-moi ton poème.
LE JEUNE SCIPION.- Je t'en prie, César, non.
CALIGULA.- Pourquoi ?
LE JEUNE SCIPION.- Je ne l'ai pas sur moi.
CALIGULA.- Ne t'en souviens-tu pas ?
LE JEUNE SCIPION.- Non.
CALIGULA.- Dis-moi du moins ce qu'il contient.
LE JEUNE SCIPION[toujours raidi et comme à regret]. -J'y parlais...
CALIGULA.- Eh bien ?
LE JEUNE SCIPION.- Non, je ne sais pas...
CALIGULA.- Essaie...
LE JEUNE SCIPION.- J'y parlais d'un certain accord de la terre...
CALIGULA[l'interrompant, d'un ton absorbé].- ...de la terre et du pied.
LE JEUNE SCIPION[surpris, hésite et continue].- Oui c'est à peu près cela...
CALIGULA.- Continue.
LE JEUNE SCIPION.-...et aussi de la ligne des collines romaines et de cet apaisement fugitif et bouleversant qu'y ramène le soir...
CALIGULA.- ... Du cri des martinets dans le ciel vert.
LE JEUNE SCIPION[s'abandonnant un peu plus].- Oui, encore.
CALIGULA.- Eh bien ?
LE JEUNE SCIPION.- De cette minute subtile où le ciel encore plein d'or brusquement bascule et nous montre en un instant son autre face, gorgée d'étoiles luisantes.
CALIGULA.- De cette odeur de fumée, d'arbres et d'eaux qui monte alors de la terre vers la nuit.
LE JEUNE SCIPION[tout entier].- ... Le cri des cigales et la retombée des chaleurs, les chiens, les roulements des derniers chars, les voix des fermiers...
CALIGULA.- Et les chemins noyés d'ombre dans les lentisques et les oliviers...
LE JEUNE SCIPION.- Oui, oui. C'est tout cela! Mais comment l'as-tu appris ?
CALIGULA[pressant le jeune Scipion contre lui].- Je ne sais pas. Peut-être parce que nous aimons les mêmes vérités.
LE JEUNE SCIPION[frémissant, cache sa tête contre la poitrine de Caligula].- Oh! Qu'importe, puisque tout prend en moi le visage de l'amour!
CALIGULA[toujours caressant].- C'est la vertu des grands coeurs, Scipion. si, du moins, je pouvais connaître ta transparence! Mais je sais trop la force de ma passion pour la vie, elle ne se satisfera pas de la nature. Tu ne peux pas comprendre cela. tu es d'un autre monde. Tu es pur dans le bien, comme je suis pur dans le mal.
LE JEUNE SCIPION.-Je peux comprendre.
CALIGULA.- Non. Ce quelque chose en moi, ce lac de silence, ces herbes pourries. [changeant brusquement de ton] Ton poème doit être beau. Mais si tu veux mon avis...
LE JEUNE SCIPION[même jeu].- Oui.
CALIGULA.- Tout cela manque de sang.
[Scipion se rejette brusquement en arrière et regarde Caligula avec horreur. Toujours reculant, il parle d'une voix sourde, devant Caligula qu'il regarde avec intensité.]
LE JEUNE SCIPION.- Oh! le monstre, l'infect monstre. Tu as encore joué. Tu viens de jouer, hein ? Et tu es content de toi ?
CALIGULA[avec un peu de tristesse].- Il y a du vrai dans ce que tu dis. J'ai joué.
LE JEUNE SCIPION[même jeu].- Quel coeur ignoble et ensanglanté tu dois avoir. Oh! comme tant de mal et de haine doivent te torturer!
CALIGULA[doucement].- Tais-toi, maintenant.
LE JEUNE SCIPION.- Comme je te plains et comme je te hais!
CALIGULA[avec colère].- Tais-toi.
LE JEUNE SCIPION.- Et quelle immonde solitude doit être la tienne!
CALIGULA[éclatant, se jette sur lui et le prend au collet ; il le secoue].- La solitude! Tu la connais, toi, la solitude ? Celle des poètes et des impuissants. La solitude ? Mais laquelle ? Ah! tu ne sais pas que seul, on ne l'est jamais! Et que partout le même poids d'avenir et de passé nous accompagne! es êtres qu'on a tués sont avec nous. Et pour ceux-là, ce serait encore facile. Mais ceux qu'on a aimés, ceux qu'on n'a pas aimés et qui vous ont aimés, les regrets, le désir, l'amertume et la douceur, les putains et la clique des dieux. [il le lâche et recule vers sa place] Seul! Ah! si du moins, au lieu de cette solitude empoisonnée deprésences qui est la mienne, je pouvais goûter la vraie, le silence et le tremblement d'un arbre! [Assis, avec une soudaine lassitude] La solitude! Mais non, Scipion. Elle est peuplée de grincements de dents et tout entière retentissante de bruits et de clameurs perdues. Et près des femmes que je caresse, quand la nuit se referme sur nous et que je crois, éloigné de ma chair enfin contentée, saisir un peu de moi entre la vie et la mort, ma solitude entière s'emplit de l'aigre odeur du plaisir aux aisselles de la femme qui sombre encore à mes côtés.
[il a l'air exténué. Long silencE.
Le jeune Scipion passe derrière Caligula et s'approche, hésitant. Il tend une main vers Caligula et la pose sur son épaule. Caligua, sans se retourner, la couvre d'une des siennes.]
LE JEUNE SCIPION.- Tous les hommes ont une douceur dans la vie. Cela les aides à continuer. C'est vers elle qu'ils se retournent quand ils se sentent trop usés.
CALIGULA.- C'est vrai, Scipion.
LE JEUNE SCIPION.- N'y a-t-il donc rien dans la tienne qui soit semblable, l'approche des larmes, un refuge silencieux ?
CALIGULA.- Si, pourtant.
LE JEUNE SCIPION.- Et quoi donc ?
CALIGULA[lentement].- Le mépris
[RIDEAU]
Camus, Caligula, II, 14.
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22.03.2007
Noticias
J'suis pas mort : je végète.
13:56 Publié dans Tout le monde s'en tape | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Qui l'eût cru ?
Les gens sont d'une goujaterie sans nom.
Par exemple, certains d'entre eux osent ne pas m'aimer.
13:55 Publié dans Catinades | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
15.03.2007
in the desert
"Difficile de se sentir plus ridicule que lorsqu'on est assis tout seul sur une luge au beau milieu du désert en brandissant une marmite de ragoût de thon"
-Snoopy
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01.03.2007
Moi aussi je suis Sid Vicious
Aujourd'hui, je suis Marie-Georges Buffet
http://www.quelcandidat.com/index.php?option=com_wrapper&Itemid=69
C'était ça, alors, la douleur dans mes ovaires ?
[Ceci était une note antibolchevik et misogyne, parce que je suis gavé content]
11:50 Publié dans Tout le monde s'en tape | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note


