26.04.2007

Notre histoire c'est une vieille chanson dont j'ai oublié les paroles

medium_26-04-07_2222.jpgEt voilà je suis seul
à Paris-les-Bains
Dans le 11ème à la hauteur
De Bastille, un costume
Croisé affreux cubain,
Je suis branché sur le secteur

24.04.2007

Mais le coeur de Paris a ceci de particulier, c'est que chacun le place où il l'entend.

S'il me fallait donner quelques conseils à un homme nouvellement élu Parisien, je lui dirais ceci : "Tu es élu? Parfait. Maintenant, attention - pas de gaffes! Le jour où tu as été élu, quel chapeau avais-tu? Celui-là? Bien. Mets-le. Il est vieux, dis-tu? Ca ne fait rien. Mets-le. Tu avais cette cravate ridicule? Tant pis, garde-la. Il ne faut plus jamais que tu en changes. Ceci est presque plus important que tout. Fais-toi refaire ce chapeau, fais-toi refaire cette cravate, prends modèle sur toi-même - et prends modèle aussi sur ceux qui en sont depuis trente ans. Que ta silhouette soit toujours la même, car il faut qu'on puisse te reconnaître de loin. Ta tête se fera petit à petit - c'est l'affaire d'un an ou deux. Quand elle sera faite, on la fera. C'est-à-dire qu'on fera sa caricature. Il faudra t'y conformer. C'est essentiel. Si l'on te fait un peu voûté, reste voûté. Ne grossis pas. Ne maigris pas. N'embête pas les dessinateurs! Ils ne te feraient plus. Mais la mode, dis-tu? Là, je te mets tout de suite en garde. Lance-la si tu peux, mais ne la suis jmais. Tu ne dois pas être à la mode. Le vrai Parisien, c'est celui qui est en retard de quinze ans sur elle - ou en avance de quinze jours. Tu aurais l'air d'un provincial si tu suivais la mode. Voilà pour la façade. Le reste est moins facile. Au sujet de ta vie privée, on doit savoir de toi des choses assurément. mais il n'est pas mauvais qu'elles soient imprécises. il faut qu'on te croie marié si tu ne l'es pas - et divorcé si tu es marié. On ne doit connaître le nom de tes maîtresses que lorsque tu t'en es séparé. Il faut que tu aies l'air de cacher quelque chose, afin qu'une légende se crée autour de toi. Ainsi, sur ta fortune, il est bon que les avis soient partagés - et si tu peux laisser supposer que Napoléon III a été l'amant de ta grand-mère, ce sera excellent. Aux allusions qui t'y seront faites, tu souriras. D'ailleurs, en principe, n'avoue jamais rien - et tout ce qu'on dira de toi finira par être vrai - et tu finiras par le croire toi-même. Dans la conversation, sois optimiste, indulgent, paradoxal et cruel. Si tu as de l'esprit, sois féroce, impitoyable. Un "mot", c'est sacré. Tu dois le faire contre ta soeur, contre ta femme, s'il le faut - pourvu que ce mot soit drôle. On n'a pas le droit de garder pour soi un mot drôle. Il y a des mots mortels. Tant pis! Les mots qui sont mortels font vivre du moins ceux qui les font. Être de Paris, cela nourrit son homme - et tu en vivras. Je peux même t'assurer que tu en mourras, ton chapeau sur la tête et ta cravate au cou."

Sacha Guitry, Mémoires d'un tricheur, V-Paris

22.04.2007

J'dis ça, j'dis rien

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21.04.2007

La vue de la noce amena Bouvard et Pécuchet à parler des femmes, qu'ils déclarèrent souvent frivoles, acariâtres, têtues. Malgré cela, elles étaient souvent meilleures que les hommes ; d'autres fois elles étaient pires.

Dans les galeries du Muséum, ils passèrent avec ébahissement devant les quadrupèdes empaillés, avec plaisir devant les papillons, avec indifférence devant les métaux ; les fossiles les firent rêver, la conchiologie les ennuya. Ils examinèrent les serres chaudes par les vitres, et frémirent en songeant que tous ces feuillages distillaient des poisons. ce qu'ils admirèrent du cèdre, c'est qu'on l'eût rapporté dans un chapeau.

¡ Taza limpia !



just cry

20.04.2007

"Somme tout, Musset n'est qu'un farceur romantique" (suite)

LAURETTE, restée seule, tire le billet de Razetta de son sein et lit.- "Les serments que j'ai pu te faire ne peuvent me retenir loin de toi. Mon stylet est caché sous le pied de ton clavecin. Prends-le, et frappe mon rival, si tu ne peux réussir avant onze heures sonnantes à t'échapper et à venir me retrouver au pied de ton balcon, où je t'attends. Crois que, si tu me refuses, j'entendrai sonner l'heure, et que ma mort est certaine. Razetta."

scène II

"Somme tout, Musset n'est qu'un farceur romantique"

RAZETTA.- Laurette ! Laurette ! Ah! je me sens plus lâche qu'une femme. Mon désespoir me tue ; il faut que je pleure [On entend le son d'une symphonie sur l'eau. Une gondole chargée de femmes et de musiciens passe.]
UNE VOIX DE FEMME.- Gageons que c'est Razetta.
UNE AUTRE.- C'est lui, sous les fenêtres de la belle Laurette.
UN JEUNE HOMME.- Toujours à la même place ! Hé! holà, Razetta! le premier mauvais sujet de la ville refusera-t-il une partie de fous ? Je te somme de prendre un rôle dans notre mascarade, et de venir nous égayer.
RAZETTA.- Laissez-moi seul ; je ne puis aller ce soir avec vous ; je vous prie de m'excuser.
UNE DES FEMMES.- Razetta vous viendrez ; nous serons de retour dans une heure. Qu'on ne dise pas que nous ne pouvons rien sur vous, et que Laurette vous fait oublier vos amis.
RAZETTA.- C'est aujourd'hui la noce ; ne le savez-vous pas ? J'y suis prié, et ne puis manquer de m'y rendre. Adieu, je vous souhaite beaucoup de plaisir : prêtez-moi seulement un masque.
LA VOIX DE FEMME.- Adieu, converti. [Elle lui jette un masque]
LE JEUNE HOMME.- Adieu, loup devenu berger. Si tu es encore là, nous te prendrons en revenant. [Musique, la gondole s'éloigne.)
RAZETTA.- J'ai changé subitement de pnesée. Ce masque va m'être utile. Comment l'homme est-il assez insensé pour quitter cette vie tant qu'il n'a pas épuisé toutes ses chances de bonheur ? Celui qui perd sa fortune au jeu quitte-t-il le tapis tant qu'il lui reste une pièce d'or ? Une seule pièce peut lui rendre tout. Comme un minerai fertile, elle peut ouvrir une large veine. Il en est de même des espérances. Oui, je suis résolu d'aller jusqu'au bout.
D'ailleurs la mort est toujours là ; n'est-elle pas partout sous les pieds de l'homme, qui la rencontre à chaque pas dans cette vie ? L'eau, le feu, la terre, tout la lui offre sans cesse ; il la voit partout dès qu'il la cherche ; il la porte à son côté.
Essayons donc. Qu'ai-je dans le coeur ?
Une haine et un amour. - Une haine, c'est un meurtre. - Un amour, c'est un rapt. Voici ce que le commun des hommes doit voir dans ma position.
Mais il me faut trouver quelque chose de nouveau ici, car d'abord j'ai affaire à une couronne. Oui, tout moyen usé d'ailleurs me répugne. Voyons, puisque je suis déterminé à risquer ma tête, je veux la mettre au plus haut prix possible. Que ferai-je dire demain à Venise ? Dira-t-on : "Razetta s'est noyé de désespoir pour Laurette, qui l'a quitté" ? Ou : "Razetta a tué le prince d'Eysenach, et enlevé sa maîtresse" ? Tout cela est commun : "Il a été quitté par Laurette, et l'a oubliée un quart d'heure après " ? Ceci vaudrait mieux ; mais comment ? En aurai-je le courage ?
Si l'on disait : "Razetta, au moyen d'un déguisement, s'est d'abord introduit chez son infidèle" ; ensuite : "Au moyen d'un billet qu'il lui a fait remettre, et par lequel il l'avertissait qu'à telle heure..." Il me faudrait ici... de l'opium... Non! point de ces poisons douteux ou timides qui donnent au hasard le sommeil ou la mort. Le fer est le plus sûr. Mais une main si faible ?... Qu'importe? Le courage est tout. La fable qui courra la ville demain sera étrange et nouvelle. [Des lumières traversent une seconde fois la maison] Réjouis-toi, famille détestée, j'arrive ; et celui qui ne craint rien peut être à craindre. [Il met son masque et entre.]
UNE VOIX, dans la coulisse.- Où allez-vous ?
RAZETTA, de même.- Je suis engagé à souper chez le marquis.

Musset, la Nuit Vénitienne, scène I.

Quinze ans dans un mois. Et je suis née depuis des siècles. Et je ne mourrai jamais...

Scène cinquième.
Ondine. Le roi des ondins

Le roi des ondins.- La fin approche, Ondine...
Ondine.- Ne le tue pas...
Le roi des ondins.- Notre pacte le veut. Il t'a trompée.
Ondine.- Oui, il m'a trompée. Oui, j'ai voulu te faire croire que je l'avais trompé la première. Mais ne juge pas les sentiments des hommes avec nos mesures d'ondins. Souvent les hommes qui trompent aiment leurs femmes. Souvent ceux qui trompent sont les plus fidèles. Beaucoup trompent celles qu'ils aiment pour ne pas être orgueilleux, pour abdiquer, pour se sentir peu de chose près d'elles qui sont tout. Hans voulait faire de moi le lys du logis, la rose de la fidélité, celle qui a raison, celle qui ne faillit pas...Il était trop bon...Il m'a trompée.
Le roi des ondins.- Te voilà presque femme, pauvre Ondine !
Ondine.- Il n'y avait pas d'autre moyen...Moi, je n'en vois pas.
Le roi des ondins.- Tu as toujours manqué d'imagination.
Ondine.- Souvent, le soir des kermesses, tu vois les maris rentrer le dos bas, des cadeaux dans les mains. Ils viennent de tromper. L'éclat des épouses rayonne.
Le roi des ondins.- Il t'a donné le malheur...
Ondine.- Sûrement. Mais là encore nous sommes chez les humains. Que je sois malheureuse ne prouve pas que je ne sois pas heureuse. Tu n'y comprends rien : choisir dans cette terre couverte de beautés le seul point où l'on doive rencontrer la trahison, l'équivoque, le mensonge, et s'y ruer de toutes ses forces, c'est justement là le bonheur pour les hommes. On est remarqué si on ne le fait pas. Plus on souffre, plus on est heureux. Je suis heureuse. Je suis la plus heureuse.
Le roi des ondins.- Il va mourir, Ondine.
Ondine.- Sauve-le.
Le roi des ondins.- Que t'importe ! Toi, tu n'en as plus que pour quelques minutes à avoir une mémoire humaine. Tes soeurs t'appelleront trois fois, et tu oublieras tout...Je veux bien t'accorder qu'il meure à la seconde même où tu oublieras. Cela fera assez humain. D'ailleurs, je n'ai même pas besoin de le tuer. Il est à fin de vie.
Ondine.- il est si jeune, si fort !
Le roi des ondins.- Il est à la fin de vie. C'est toi qui l'as tué. Ondine, toi qui n'uses de métaphores que si elles parlent des chiens de mer, tu te rappelles ceux qui, un jour, en nageant, ont fait un effort. Ils traversaient sans peine l'océan, en pleine tempête, et un jour, dans un beau golfe, sur une petite vague, un organe en eux s'est rompu. Tout l'acier de la mer était dans un ourlet de l'onde ! Leurs yeux ont été huit jours plus pâles, leurs babines sont tombés... C'est qu'ils n'avaient rien, disaient-ils...C'est qu'ils mouraient...Ainsi chez les hommes. Ce n'est pas sur des chênes, des crimes, des monstres, que les bucherons, les juges, les chevaliers errants ont leur effort, mais sur une brindille d'osier, une innocence, une enfant qui aime...Il en a pour une heure...
Ondine.- J'ai cédé ma place à Bertha. Tout s'arrange pour lui.
Le roi des ondins.- Crois-tu ! Tout déjà tourne en sa tête. Il a dans le cerveau la musique de ceux qui vont mourir [...] Il n'est pas près de Bertha, on l'attend en vain à l'église ; il est près de son cheval... Son cheval lui parle : Maître chéri, adieu, lui dit son cheval, je te rejoins en Dieu !... Car son cheval aujourd'hui lui parle en vers...
Ondine.- Je ne te crois pas. Ecoute ces chants! C'est son mariage.
Le roi des ondins.- Il se moque bien du mariage!... Le mariage tout entier a glissé de lui comme l'anneau d'un doigt trop maigre. Il erre dans le château. Il se parle à lui-même, il divague. C'est la façon qu'ont les hommes de s'en tirer quand ils ont heurté une vérité, une simplicité, un trésor... Ils deviennent ce qu'ils appellent fous. ils sont soudain logiques, ils n'abdiquent plus, ils n'épousent pas celle qu'ils n'aiment pas, ils ont le raisonnement des plantes, des eaux, de Dieu ; ils sont fous.
Ondine.- Il me maudit!
Le roi des ondins.- Il est fou... Il t'aime!

Giraudoux, Ondine, III, 5

17.04.2007

NONANCOURT.- Mon genre, tout est rompu !

Clara, seule. - Mes ouvrières sont à l'ouvrage... tout va bien... C'est une bonne idée que j'ai eue de m'établir... Il n'y a que quatre mois, et déjà les pratiques arrivent... Ah! c'est que je ne suis pas une modiste comme les autres, moi!... Je suis sage, je n'ai pas d'amoureux... pour le moment. (On entend un bruit de voitures.) Qu'est-ce que c'est que cela?
Fadinard, entrant vivement. - Madame, il me faut un chapeau de paille, vite, tout de suite, dépêchez-vous!
Clara. - Un chapeau de...? (Apercevant Fadinard.) Ah! mon Dieu.
Fadinard, à part. - Bigre! Clara... une ancienne!... et ma noce qui est à la porte! (Haut, tout en se dirigeant vers la porte.) Vous n'en tenez pas?... très bien... je reviendrai...
Clara, l'arrêtant. - Ah! vous voilà... et d'où venez-vous?
Fadinard. - Chut!... pas de bruit... je vous expliquerai ça... j'arrive de Saumur.
Clara. - Depuis six mois?
Fadinard. - Oui... j'ai manqué la diligence... (A part.) Fichue rencontre!
Clara. - Ah! vous êtes gentil!... C'est comme ça que vous vous conduisez avec les femmes!
Fadinard. - Chut! pas de bruit!... J'ai quelques légers torts, j'en conviens...
Clara. - Comment, quelques légers torts?... Monsieur me dit: "Je vais te conduire au Château des Fleurs..." Nous partons... en route, la pluie nous surprend... et, au lieu de m'offrir un fiacre, vous m'offrez... quoi?... le passage des Panoramas
Fadinard, à part. - C'est vrai... j'ai été assez canaille pour ça.
Clara. - Une fois là, vous me dites: "Attends-moi, je vais chercher un parapluie..." J'attends, et vous revenez... au bout de six mois... sans parapluie!
Fadinard. - Oh! Clara... tu exagères! d'abord, il n'y a que cinq mois et demi... quant au parapluie, c'est un oubli... je vais le chercher... (Fausse sortie.)
Clara. - Du tout, du tout... il me faut une explication!
Fadinard, à part. - Sapristi! et ma noce qui drogue à l'heure... dans huit fiacres... (Haut.) Clara, ma petite Clara... tu sais si je t'aime. (Il l'embrasse.)
Clara. - Quand je pense que cet être-là avait promis de m'épouser!...
Fadinard, à part. - Comme ça se trouve! (Haut.) Mais je te le promets toujours...
Clara. - Oh! d'abord, si vous en épousiez une autre... je ferais un éclat.
Fadinard. - Oh! Oh! qu'elle est bête!... moi, épouser une autre femme!... mais la preuve, c'est que je te donne ma pratique... (Changeant de ton.) Ah!... j'ai besoin d'un chapeau de paille d'Italie... tout de suite... avec des coquelicots.
Clara. - Oui, c'est ça... pour une autre femme!
Fadinard. - Oh! oh! qu'elle est bête!... un chapeau de paille pour... non, c'est pour un capitaine de dragons... qui veut faire des traits à son colonel.
Clara. - Hum! ce n'est pas bien sûr!... mais je vous pardonne... à une condition.
Fadinard. - Je l'accepte... dépêchons-nous!
Clara. - C'est que vous dînerez avec moi.
Fadinard. - Parbleu!
Clara. - Et vous me conduirez ce soir à l'Ambigu.
Fadinard. - Ah! c'est une bonne idée!... voilà une bonne idée!... J'ai justement ma soirée libre... Je me disais comme ça: "Mon Dieu! qu'est-ce que je vais donc faire de ma soirée?..." Voyons les chapeaux!
Clara. - C'est ici mon salon... venez dans mon magasin et ne faites pas l'oeil à mes ouvrières. (Elle entre à droite au deuxième plan. Fadinard va pour la suivre. Nonancourt entre.)
[...]

Eugène Labiche, Un Chapeau de paille d'Italie, Acte II, scène 2.


"Un chapeau de paille d'Talie n'est pas seulement un vaudeville, c'est une pièce poétique, un rêve. Le thème classique du cauchemar n'est-il pas la poursuite haletante d'un but qui se dérobe toujours ? Un chapeau de paille d'Italie est un cauchemar [...]" Gaston Baty, metteur en scène

Norma Desmond attitude

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