22.10.2007

"Ma vie est votre bien vous voulez le reprendre"

IPHIGENIE.-
Songez, seigneur, songez à ces moissons de gloire
Qu'à vos vaillantes mains présente la victoire :
Ce champ si glorieux où vous aspirez tous.
Si mon sang ne l'arrose, est stérile pour vous,
Telle est la loi des dieux à mon père dictée.
En vain, sourd à Calchas, il l'avait rejetée :
Par la bouche des Grecs contre moi conjurés
Leurs ordres éternels se sont trop déclarés.
Partez ; à vos honneurs j'apporte trop d'obstacles ;
Vous-même, dégagez la foi de vos oracles ;
Signalez ce héros à la Grèce promis ;
Tournez votre douleur contre ses ennemis.
Déjà Priam pâlit ! déjà Troie en alarmes
Redoute mon bûcher, et frémit de vos larmes.
Allez ; et, dans ces murs vides de citoyens,
Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens.
Je meurs, dans cet espoir, satisfaite et tranquille,
Si je n'ai pas vécu la compagne d'Achille,
J'espère que du moins un heureux avenir
A vos faits immortels joindra mon souvenir :
Et qu'un jour mon trépas, source de votre gloire,
Ouvrira le récit d'une si belle hitoire.
Adieu, prince ; vivez, digne race des dieux.

Racine, Iphigénie, V, 2.

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