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30.10.2007
"A qui dédier cela ?" J.B. d'A.
Voici les six premières!
Si le public y mord, et les trouve à son goût, on publiera prochainement les six autres; car elles sont douze, comme une douzaine de pêches, - ces pécheresses!
Bien entendu qu'avec leur titre de Diaboliques, elles n'ont pas la prétention d'être un livre de prières ou d'Imitation chrétienne... Elles ont pourtant été écrites par un moraliste chrétien, mais qui se pique d'observation vraie, quoique très hardie, et qui croit - c'est sa poétique, à lui - que les peintres puissants peuvent tout peindre et que leur peinture est toujours assez morale quand elle est tragique et qu'elle donne l'horreur des choses qu'elle retrace. Il n'y a d'immoral que les Impassibles et les Ricaneurs. Or, l'auteur de ceci, qui croit au Diable et à ses influences dans le monde, n'en rit pas, et il ne les raconte aux âmes pures que pour les en épouvanter.
Quand on aura lu ces Diaboliques, je ne crois pas qu'il y ait personne en disposition de les recommencer en fait, et toute la moralité d'un livre est là...
Cela dit pour l'honneur de la chose, une autre question. Pourquoi l'auteur a-t-il donné à ces petites tragédies de plain-pied ce nom bien sonore - peut-être trop - de Diaboliques?... Est-ce pour les histoires elles-mêmes qui sont ici? ou pour les femmes de ces histoires?...
Ces histoires sont malheureusement vraies. Rien n'en a été inventé. On n'en a pas nommé les personnages: voilà tout! On les a masqués, et on a démarqué leur linge. "L'alphabet m'appartient", disait Casanova, quand on lui reprochait de ne pas porter son nom. L'alphabet des romanciers, c'est la vie de tous ceux qui eurent des passions et des aventures, et il ne s'agit que de combiner, avec la discrétion d'un art profond, les lettres de cet alphabet-là. D'ailleurs, malgré le vif de ces histoires à précautions nécessaires, il y aura certainement des têtes vives, montées par ce titre de Diaboliques, qui ne les trouveront pas aussi diaboliques qu'elles ont l'air de s'en vanter. Elles s'attendront à des inventions, à des complications, à des recherches, à des raffinements, à tout le tremblement du mélodrame moderne, qui se fourre partout, même dans le roman. Elles se tromperont, ces âmes charmantes!... Les Diaboliques ne sont pas des diableries: ce sont des Diaboliques, - des histoires réelles de ce temps de progrès et d'une civilisation si délicieuse et si divine, que, quand on s'avise de les écrire, il semble toujours que ce soit le Diable qui ait dicté!... Le Diable est comme Dieu. Le Manichéisme, qui fut la source des grandes hérésies du Moyen Age, le Manichéisme n'est pas si bête. Malebranche disait que Dieu se reconnaissait, à l'emploi des moyens les plus simples. Le Diable aussi.
Quant aux femmes de ces histoires, pourquoi ne seraient-elles pas les DIABOLIQUES? N'ont-elles pas assez de diabolisme en leur personne pour mériter ce doux nom? Diaboliques! il n'y en a pas une seule ici qui ne le soit à quelque degré. Il n'y en a pas une seule à qui on puisse dire sérieusement le mot de "Mon ange!" sans exagérer. Comme le Diable, qui était un ange aussi, mais qui a culbuté, - si elles sont des anges, c'est comme lui, - la tête en bas, le... reste en haut! Pas une ici qui soit pure, vertueuse, innocente. Monstres même à part, elles présentent un effectif de bons sentiments et de moralité bien peu considérable. Elles pourraient donc s'appeler aussi "les Diaboliques", sans l'avoir volé... On a voulu faire un petit musée de ces dames, - en attendant qu'on fasse le musée, encore plus petit, des dames qui leur font pendant et contraste dans la société, car toutes choses sont doubles! L'art a deux lobes, comme le cerveau. La nature ressemble à ces femmes qui ont un oeil bleu et un oeil noir. Voici l'oeil noir dessiné à l'encre - à l'encre de la petite vertu.
On donnera peut-être l'oeil bleu plus tard.
Après les DIABOLIQUES, les CELESTES... si on trouve du bleu assez pur...
Mais y en a-t-il?
Jules BARBEY D'AUREVILLY.
Paris, 1er mai 1874.
Préface à la première édition des Diaboliques
10:39 Publié dans Tous ces mots dans mes yeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : catinades et jeux de mots pourris
24.10.2007
Où l'on s'interroge avec angoisse
18:25 Publié dans Tout le monde s'en tape | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : obélix et le menhir magique
22.10.2007
"Ma vie est votre bien vous voulez le reprendre"
IPHIGENIE.-
Songez, seigneur, songez à ces moissons de gloire
Qu'à vos vaillantes mains présente la victoire :
Ce champ si glorieux où vous aspirez tous.
Si mon sang ne l'arrose, est stérile pour vous,
Telle est la loi des dieux à mon père dictée.
En vain, sourd à Calchas, il l'avait rejetée :
Par la bouche des Grecs contre moi conjurés
Leurs ordres éternels se sont trop déclarés.
Partez ; à vos honneurs j'apporte trop d'obstacles ;
Vous-même, dégagez la foi de vos oracles ;
Signalez ce héros à la Grèce promis ;
Tournez votre douleur contre ses ennemis.
Déjà Priam pâlit ! déjà Troie en alarmes
Redoute mon bûcher, et frémit de vos larmes.
Allez ; et, dans ces murs vides de citoyens,
Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens.
Je meurs, dans cet espoir, satisfaite et tranquille,
Si je n'ai pas vécu la compagne d'Achille,
J'espère que du moins un heureux avenir
A vos faits immortels joindra mon souvenir :
Et qu'un jour mon trépas, source de votre gloire,
Ouvrira le récit d'une si belle hitoire.
Adieu, prince ; vivez, digne race des dieux.
Racine, Iphigénie, V, 2.
17:20 Publié dans Tous ces mots dans mes yeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grosse tête, je me la raconte, agneau sacrificiel, viol constenti
19.10.2007
"Ce qui me rend si agréable la société de mon chien c'est la transparence de son être"
"Il est prudent de faire sentir de temps en temps aux gens, hommes et femmes, que l'on peut fort bien se passer d'eux : cela fortifie l'amitié ; et même près de la plupart des hommes, il n'est pas mauvais de glisser de temps en temps dans la conversation une nuance de dédain à leur égard ; ils feront d'autant plus de cas de votre amitié : chi non istima vien stimato, qui n'estime pas est estimé, dit un proverbe italien. Si quelqu'un a beaucoup de valeur réelle à nos yeux, il faut le lui cacher comme si c'était un crime. Voilà qui n'est pas précisément réjouissant ; mais il en est ainsi. C'est à peine si les chiens supportent la grande amitié : bien moins encore les hommes"
-Schopenhauer
14:05 Publié dans Tous ces mots dans mes yeux | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : the world is a fucking stage
Où l'on s'épate et pas seulement de lapin
"Dans une autre tombe, appelée le "grands puits de la mort", le caveau contenant la royale dépouille ne fut pas retrouvé, mais soixante-quatorze personnes étaient là pour l'accompagner, des femmes en majorité, dont les corps étaient allongés, bien alignés, les jambes légèrement repliées, dans leurs plus beaux atours ; vingt-huit parmi elles portaient un cercle d'or sur la tête et un dégagement attentif permit de constater que les autres en avaient eu un d'argent qui n'avait pas supporté la corrosion ; les chariots, les boeufs, les lyres, les armes, tout était dans un ordre tel qu'il laisse supposer que c'est de son plein gré que cette suite s'est sacrifiée pour accompagner son maître. On peut en déduire aussi que leur mort n'a pas dû être brutale ; vraisemblablement, elle fut l'oeuvre d'un poison absorbé dans le caveau lui-même et qui a fait son effet une fois que chacun eut pris sa place avec ses instruments de musique, ses armes, ses bijoux ; aucune trace de révolte ; néanmoins il faut sans doute admettre que lorsque la mort eut accompli son oeuvre, un homme est descendu dans la tombe pour rectifier les positions des corps, tant était parfaite l'ordonnance de la sépulture ; un point pourtant, un détail, finement remarqué par le fouilleur, met dans le tableau une note imprévue : l'une des femmes n'avait pas son cercle d'argent sur la tête, on devait le retrouver sous son corps à la hauteur de se main, aplati et déformé ; et le fouilleur d'imaginer qu'en retard pour la cérémonie, elle n'avait pu poser son bandeau sur sa tête et qu'avant la minute fatale elle n'avait eu que le temps de s'installer à sa place."
Jean-Claude Margueron, la Mésopotamie
11:39 Publié dans Tous ces mots dans mes yeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Agnès B, Drame historique à faire
16.10.2007
Exeat
Exeam! même
J'ai reçu il y a peu le certificat selon quoi Riton Bâton-Vé avait reçu ma lettre de démission (ce mot me reste toujours en tavers de la gorge ; j'veux dire, mince, quoi, considérant mes résultats au concours, ce sont eux qui auraient dû me renvoyer, du moins aurais-je pu espérer des indemnités.)
Je me plains, je me plains, mais j'ai malgré tout reçu en retour les chèques non encaissés que j'avais faits pour payer ma scolarité. Je peux toujours me rassurer en me disant que j'ai fait une semaine de cube à l'oeil. Ca n'a rien de rassurant, je serais devenu fou, i mean, plus fou que normalement.
C'est donc la dernière note de la catégorie "Je déteste la khâgne", sauf si je tente malgré tout le Concours noir une deuxième fois - après tout, j'ai théoriquement le bagage et le niveau, uhm.
Autrement, puisque personne ne s'en inquiète, je vais bien ne t'en fais pas, l'EcLou c'est cool, on passe des heures sur la céramique et ça me passionne, et joue au trivial pursuit sous les remparts du Carrousel.
Bientôt ici (pardon pour les travaux, demain sera plus beau) : une vague considération sur quoi porter cet hiver et un extrait d'Iphigénie.
11:45 Publié dans des études qui ne servent pas | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Cadet Roussel, comment piller le système



