19.11.2007

Ah, l’hisse !

Avec la grève et tous ces vélos, Paris se donne des faux airs d'Amsterdam. Et moi-même, qui il n'y a pas si longtemps insultait encore en pensée les social-traîtres qui roulent sur leur propre bicyclette et nient toute l'oeuvre de Bertrand Delanoé, moi, disais-je, moi, qui ai ma carte du parti plasitfiée, toujours contre mon coeur, moi, disais-je donc, il m'arrive de me sentir briseur de grève sur bicyclette, tandis que je m'épargne de ressentir les inconvénients d'un mouvement social.
Vous remarquerez que je dis "briseur de grève à bicyclette" et non pas "jaune à bicyclette", parce que, des stéréotypes racistes, j'en ai déjà fait un à la première ligne : les amsterdames et amsterhommes ne sont pas tous des cyclistes, mais disons qu'ils conduisent tous mal un vélo)

Diable, quoi dire d'autre. Je vais vous raconter ça, tiens. Aujourd'hui, je suis parti tôt de la bibliothèque parce qu'à cause de la grève il n'y avait ni communication de documents ni toilettes. C'est dommage, moi qui étais si plein d'enthousiasme et d'urine. J'ai mangé au Restau U, et là j'ai été épaté de revoir tout ces anciens camarades. En fait, le Resto U, c'est un peu comme Facebook, et facebook, c'est connu, c'est un peu comme quand on est mort : on revoit tout le monde. Sauf qu'au RU, on n'est pas obligé de leur parler.
Avant hier, je suis resté plus longtemps à la bibliothèque, mais parce qu'il y avait moyen de travailler. J'étais à la même table que la colocataire de L. Je peux maintenant estimer avoir vu toutes les femmes de la vie de L., et je ne bouille plus d'impatience que de le croiser au bras de sa nana.

Puis hier, j'ai fait ma vaisselle. Tralala, je sais pas finir

11.11.2007

Spoiler

32da8cd0afa19b45f7f027d45809a57e.jpgEt avec cette muflerie intermittente qui reparaissait chez lui dès qu’il n’était plus malheureux et que baissait du même coup le niveau de sa moralité, il s’écria en lui-même: "Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre!"

Proust - Quelque part dans la Recherche, osef.

30.10.2007

"A qui dédier cela ?" J.B. d'A.

Voici les six premières!
Si le public y mord, et les trouve à son goût, on publiera prochainement les six autres; car elles sont douze, comme une douzaine de pêches, - ces pécheresses!
Bien entendu qu'avec leur titre de Diaboliques, elles n'ont pas la prétention d'être un livre de prières ou d'Imitation chrétienne... Elles ont pourtant été écrites par un moraliste chrétien, mais qui se pique d'observation vraie, quoique très hardie, et qui croit - c'est sa poétique, à lui - que les peintres puissants peuvent tout peindre et que leur peinture est toujours assez morale quand elle est tragique et qu'elle donne l'horreur des choses qu'elle retrace. Il n'y a d'immoral que les Impassibles et les Ricaneurs. Or, l'auteur de ceci, qui croit au Diable et à ses influences dans le monde, n'en rit pas, et il ne les raconte aux âmes pures que pour les en épouvanter.
Quand on aura lu ces Diaboliques, je ne crois pas qu'il y ait personne en disposition de les recommencer en fait, et toute la moralité d'un livre est là...
Cela dit pour l'honneur de la chose, une autre question. Pourquoi l'auteur a-t-il donné à ces petites tragédies de plain-pied ce nom bien sonore - peut-être trop - de Diaboliques?... Est-ce pour les histoires elles-mêmes qui sont ici? ou pour les femmes de ces histoires?...
Ces histoires sont malheureusement vraies. Rien n'en a été inventé. On n'en a pas nommé les personnages: voilà tout! On les a masqués, et on a démarqué leur linge. "L'alphabet m'appartient", disait Casanova, quand on lui reprochait de ne pas porter son nom. L'alphabet des romanciers, c'est la vie de tous ceux qui eurent des passions et des aventures, et il ne s'agit que de combiner, avec la discrétion d'un art profond, les lettres de cet alphabet-là. D'ailleurs, malgré le vif de ces histoires à précautions nécessaires, il y aura certainement des têtes vives, montées par ce titre de Diaboliques, qui ne les trouveront pas aussi diaboliques qu'elles ont l'air de s'en vanter. Elles s'attendront à des inventions, à des complications, à des recherches, à des raffinements, à tout le tremblement du mélodrame moderne, qui se fourre partout, même dans le roman. Elles se tromperont, ces âmes charmantes!... Les Diaboliques ne sont pas des diableries: ce sont des Diaboliques, - des histoires réelles de ce temps de progrès et d'une civilisation si délicieuse et si divine, que, quand on s'avise de les écrire, il semble toujours que ce soit le Diable qui ait dicté!... Le Diable est comme Dieu. Le Manichéisme, qui fut la source des grandes hérésies du Moyen Age, le Manichéisme n'est pas si bête. Malebranche disait que Dieu se reconnaissait, à l'emploi des moyens les plus simples. Le Diable aussi.
Quant aux femmes de ces histoires, pourquoi ne seraient-elles pas les DIABOLIQUES? N'ont-elles pas assez de diabolisme en leur personne pour mériter ce doux nom? Diaboliques! il n'y en a pas une seule ici qui ne le soit à quelque degré. Il n'y en a pas une seule à qui on puisse dire sérieusement le mot de "Mon ange!" sans exagérer. Comme le Diable, qui était un ange aussi, mais qui a culbuté, - si elles sont des anges, c'est comme lui, - la tête en bas, le... reste en haut! Pas une ici qui soit pure, vertueuse, innocente. Monstres même à part, elles présentent un effectif de bons sentiments et de moralité bien peu considérable. Elles pourraient donc s'appeler aussi "les Diaboliques", sans l'avoir volé... On a voulu faire un petit musée de ces dames, - en attendant qu'on fasse le musée, encore plus petit, des dames qui leur font pendant et contraste dans la société, car toutes choses sont doubles! L'art a deux lobes, comme le cerveau. La nature ressemble à ces femmes qui ont un oeil bleu et un oeil noir. Voici l'oeil noir dessiné à l'encre - à l'encre de la petite vertu.
On donnera peut-être l'oeil bleu plus tard.
Après les DIABOLIQUES, les CELESTES... si on trouve du bleu assez pur...
Mais y en a-t-il?
Jules BARBEY D'AUREVILLY.
Paris, 1er mai 1874.


Préface à la première édition des Diaboliques