26.11.2008

L'obsession de la tête coupée

[Brahma, Louis XVI, Orphée, Argus, Pompée, Cyrus le grand, Itys, Méduse, Jean, Pierre, Paul, Jean-Baptiste, Holopherne et David, saint Denis et imitateurs, Catherine d'Alexandrie, Symphorien, Protais, Julien de Brioude, Janvier, Quentin, Georges, Fabien, Thomas Becket, Lady Jane Grey (Marie Stuart ?)- je continue de chercher et compte sur vous - l'hydre de Lerne ne comptant pas]

 

ORPHEE, de dos, sur le balcon, il se penche.- Mesdames ! (Rafale de tambours.) Mesdames ! (Rafale de tambours.) Mesdames ! (Rafale de tambours.)
Il se précipite vers la droite, partie invisible du balcon. Les tambours couvrent sa voix. ténèbres. Heurtebise tombe à genoux et se cache le visage.
Tout à coup une chose vole par la fenêtre et tombe dans la chambre. C'est la tête d'Orphée. Elle roule vers la droite et s'arrête au premier plan. Heurtebise pousse un faible cri. Les tambours s'éloignent.

 

Scène X
Heurtebise, la tête d'Orphée, puis Eurydice

LA TÊTE D'ORPHEE. Elle parle avec la voix d'un grand blessé.- Où suis-je ? Comme il fait noir... Comme j'ai la tête lourde. Et mon corps, mon corps me fait si mal. J'ai dû tomber du balcon. J'ai dû tomber de très haut, de très haut, très haut sur la tête. Et ma tête ? Au fait, oui... je parle de ma tête... Où est-elle, ma tête ?  Eurydice ! Heurtebise ! Aidez-moi ! Où êtes-vous ? Allumez la lampe. Eurydice ! Je ne vois pas mon corps, je ne trouve plus ma tête. Je n'ai plus ni tête ni corps. Je ne comprends plus. Et j'ai du vide, j'ai du vide partout. Expliquez-moi. Réveillez-moi. Au secours ! Au secours ! Eurydice ! (comme une plainte.) Eurydice... Eurydice... Eurydice... Eurydice... Eurydice... Eurydice....
Entre Eurydice, sortant du miroir. Elle reste sur place.
EURYDICE.- Mon chéri ?
LA TÊTE D'ORPHEE.- Eurydice... C'est toi ?
EURYDICE.- C'est moi.
LA TÊTE D'ORPHEE.- Où est mon corps ? Où ai-je mis mon corps ?
EURYDICE.- Ne cherche pas. Ne t'agace pas. Donne-moi la main.
LA TÊTE D'ORPHEE.- Où est ma tête ?
EURYDICE, prenant le corps invisible par la main.- J'ai ta main dans ma main. Marche. N'aie pas peur. Laisse-toi conduire.
LA TÊTE D'ORPHEE.- Où est mon corps ?
EURYDICE.- Près de moi. Contre moi. Maintenant, tu ne peux plus me voir, et j'ai la permission de t'emmener.
LA TÊTE D'ORPHEE.- Et ma tête, Eurydice...ma tête...où ai-je mis ma tête ?
EURYDICE.- Laisse, mon amour, ne t'occupe plus de ta tête...
Eurydice et le corps invisible d'Orphée s'enfoncent dans le miroir.

 

Cocteau, Orphée, scène IX-X

02.09.2008

Travelin' light

Oh, mince, les enfants, je vous avais presque oubliés. Heureusement que j'ai fait demi-tour pour vous venir repêcher sur le bord de la route, ha ha. Oublions ça, et laissez-moi vous abreuver en vrac de la soupe de ma vie quotidienne. Et ce sera d'autant plus long et soupeux que, effectivement, cela fait un bail.

La dernière fois que je vous donnais de mes nouvelles, j'étais chez ma mère, au royaume des chats. Où je suis encore, mais sans les chats qui sont partis courir le guilledou il y a de cela plus d'une heure. Entre temps, j'ai connu la Sicile, Venise (again) et le Danemark de Copenhague (pour une sweet escapade en couple, qui l'eût cru).

Niveau relations humaines, j'ai mangé des pâtes et bronzé avec des normaliens débutants qui m'ont sappé le moral en parlant de leur huge salaire, que je ne toucherai jamais puisque je suis juste étudiant en art. J'ai d'ailleurs à ce propos encore dû expliquer à mère et soeur l'intérêt de telles études. C'est que deux choses les préoccupent. D'abord savoir quoi répondre quand leurs relations sociales leur demandent ce que je deviens, ce que je fais comme études, et vers quoi cela me mènera. Du coup, j'ai donné la description la plus courte possible des activités que je vais reprendre dès septembre et du métier vers lequel, censément, les meilleurs peuvent aspirer parvenir. Et la voilà qui répète en détachant chaque syllabe "Seconde année d'histoire de l'art et tu vas devenir conservateur mais pas dans une bibliothèque mais de tableaux, c'est ça". La seconde chose, c'est le pouvoir d'achat, le 'prix de la rentrée' et le 'coût de la vie étudiante', comme le dit si bien Jean-Pierre Pernault. C'est vrai, ça, s'étonne ma mère, ne devais-je pas être rémunéré dès l'année dernière ? Je lui réexplique encore une fois que Normule Sap, c'est raté, je ne suis pas parmi les 75 petits veinards payés pour la pignolade, que j'encule désormais des mouches artistiques et que j'ai, pratiquement parlant, 'perdu' deux années. Toujours mues par l'inquiétude de la baisse du pouvoir d'achat, ma soeur a finement joué pour que ma mère parvienne à évoquer l'idée de me couper les vivres, tant que je ne ferai rien de sérieux - je veux dire, de sérieusement payé ; avec de l'argent, pas de l'épanouissement intellectuel qui ne paye pas les cartons de nouilles chinoises. In petto, j'établissais déjà un budget serré, à savoir chargé de ce que que jusque là ma rentière de mère mettait au compte de ses gracieusetés - un peu de sérieux, la loi exige qu'elle subvienne à mes besoins tant que je poursuis mes études. Oui, je pourrais avoir un job d'appoint, je me penche sur la question, ce qui revient à me demander à quoi suis-je bon.

J'ai oublié le point principal de cet exposé, à supposer qu'il y en eût jamais un.

Continuant dans les relations humaines, j'ai eu la chancequedisjelhonneur de rencontrer Art_hur, de Art_hur, v'savez. Nous avons beaucoup bu, soit en un endroit peu plaisant soit du mauvais cocktail, j'ai fumé outre mesure pour m'occuper les doigts et m'empêcher de redresser une de ses mèches de cheveux. Ivre, je ne lui ai rien caché de ma vie sentimentale et surtout sexuelle. Et pourtant il n'y point de baise. 'Ce qui laisse mon score de fuck-blogger à… bah… euh 1' -  deux si on extrapole. Trois, mais c'était un hasard.

Autre chose que j'estime de mon devoir de vous faire partager, c'est ma déception profonde, mieux, ma colère, en constatant qu'un immonde escrivaillon lacanien a éhontément pris d'assaut le sujet mythologique grâce auquel je prétendais -et prétends toujours, merde- faire éclater à la face du monde la force à la fois de mon talent et du drame bourgeois. Pire, cet infâme a le cran d'aller exhiber ses extrapolations freudiennes jusque sur la scène de la Comédie Française. On ne parle jamais d'Ovide, et voilà que les trois pages qui m'avaient intéressé sont portées sur scène par quelqu'un de possiblement plus doué que moi ; permettez de dire que cela me met dans une colère noire et que je suis  à deux doigts d'envisager la carrière de Sainte-Beuve ; écrivain raté, je deviendrais la langue de pute de la critique littéraire de nos contemporains. (Oh, et ce sera sans difficulté - vous avez lu du Florian Zeller ?).

 

Je crois que dans mon chemin discursif je viens de retomber sur le point principal de cet exposé, à savoir qu'il est vite temps que ce soit la rentrée, du moins que la Bibliothèque Sainte-Ginette rouvre ses portes avant que, telle une méduse liparote échouée sur la plage de cailloux, je ne me dessèche cruellement et perde tout ce qui, dans mon être déjà bien peu reluisant, faisait mon piquant et mes couleurs.

 

Cet article est trop long, et je m'excuse auprès de M. Zeller ; je ne l'ai pas lu non plus.

16.10.2007

Exeat

Exeam! même
J'ai reçu il y a peu le certificat selon quoi Riton Bâton-Vé avait reçu ma lettre de démission (ce mot me reste toujours en tavers de la gorge ; j'veux dire, mince, quoi, considérant mes résultats au concours, ce sont eux qui auraient dû me renvoyer, du moins aurais-je pu espérer des indemnités.)
Je me plains, je me plains, mais j'ai malgré tout reçu en retour les chèques non encaissés que j'avais faits pour payer ma scolarité. Je peux toujours me rassurer en me disant que j'ai fait une semaine de cube à l'oeil. Ca n'a rien de rassurant, je serais devenu fou, i mean, plus fou que normalement.
C'est donc la dernière note de la catégorie "Je déteste la khâgne", sauf si je tente malgré tout le Concours noir une deuxième fois - après tout, j'ai théoriquement le bagage et le niveau, uhm.
Autrement, puisque personne ne s'en inquiète, je vais bien ne t'en fais pas, l'EcLou c'est cool, on passe des heures sur la céramique et ça me passionne, et joue au trivial pursuit sous les remparts du Carrousel.
Bientôt ici (pardon pour les travaux, demain sera plus beau) : une vague considération sur quoi porter cet hiver et un extrait d'Iphigénie.

23.09.2007

Nous sommes en -35 000,

Là-bas, de ce que j'en ai vu, ça semble déjà bien mieux que là, alors j'ai donné ma lettre de démission à la khâgne, et je pars, quittant l'enculage de mouches littéraires pour de l'enculage de mouches artistiques.
J'ai même un nouvel appareil photo pour pouvoir prendre, et envoyer à Eurocreme, des clichés de moi avec/sur/dans des jeunes pseudo-artistes pseudo-anarchistes. En attendant, et comme je suis asocial et malade (genre "mon cerveau sort par mon nez" jusque dans mon mouchoir) j'ai joué avec l'Olympus. Oui, Lecteur indigent, plein de nouvelles photos à aller voir en ce dimanche prétentieux, tu as bien compris.
Pour finir, puis-je vous demander un service : prêtez attention au nombre des pigeons morts rabattus contre les caniveaux et dites-moi s'il ne vous semble pas y voir une sensible augmentation ?
En attendant, je vais me recouvrir à l'ocre rouge, genre living Sépia, et me coucher sur le ventre pour ne pas me noyer dans ma morve.
Bien à vous,

05.09.2007

It doesn’t matter

Et y'en a même pas un de beau cette année.
Je m'en fous, je vais m'envelopper dans du papier bulle et me faire Fedexer jusqu'à Montréal - je resterai dans le papier bulle, dans un premier temps ça fera secouer de rire les Québecois quand je les éclaterai [les bulles] et puis ça me protégera du froid et des maladies que la faune et la flore pourraient m'apporter, là-bas.
Et là-bas, aussi, je mourirai, ignare, sans plus toucher d'autre livre que le catalogue des dernières parutions d'Eurocreme.com.
Et c'est ainsi, dans la fange et l'anonymat, que s'évanouiront mon espoir et mes rentes viagères.

03.09.2007

Consolation à un hébergeur sur la mort de son blog

"Et rose elle a vécu ce que vivent les roses" (2/4 // 3/3)



Je crois voir que ce blog est mort d'une mort lente, sans soutien de ma part. Ni de la votre, d'ailleurs, hey bitches, vous auriez pu au moins relire certains machins sur lesquels, en mon temps, vous ne crachiez pas et qui ont fait la joie de vos mirettes ennuyées de skyblogs (que devient d'ailleurs mon skyblog ?)
Mais, Alexandra Catinella - louée soit-elle- vous dira que, le vrai, je ne suis pas coupable, c'est parce que je suis gémeaux, alors je m'ennuie vite, alors je suis infidèle. Alors j'ai un myspace - gasp.
D'ailleurs, sachant que les vacances finissent et que, si tout va bien, je me ferai grave moins chier à partir de maintenant que ces deux derniers mois (même si j'ai connu, je le dis parce qu'on risque de me reprocher d'y avoir manqué, de grandes joies du coeur et gnagnagna), il faut se demander ce qu'il adviendra de ce site.
Topez-là, s'il meurt, je l'enterre avec feu mon Tamagotchi.

Pâle septembre ou ’Rentrée, on n’oublie rien’*

Ai-je vraiment envie de revoir ces blondes têtes bûcheuses, de me replonger dans Kant et de dire du bien tout ensemble de Balzac, Proust et Mme de La Fayette ?
Demain ce sera une rentrée just for fun, même si dans le genre fun je préfèrerais être à Disneyland avec Goofy plutôt que là avec "ces gens-là", les litres de la nation.
Gnagnagna, crois-tu que les statues de sel ont cessé de t'attendre.

*de rien, on n'oublie rien du tout ; on n'oublie rien de rien, on s'habitue : c'est tout.

24.05.2007

Chroniques de mes KK

Allez, faisons vite. Mercredi, j'ai dit que la famille c'était, de toute façon, ultra à droite, vendredi, que Kant était un bâtard de laisser crever son pote par souci de la vérité. Lundi, j'ai médit de la Comédie-française et du de MM. Lagarde et Michard, j'suis foutu. Mardi, j'ai tourné de l'oeil entre deux chirurgies réparatrices sur Alexandre. Hier Brel et Goya s'entendaient pour qu'un port espagnol fût mouillé de ciment. Aujourd'hui enfin, j'ai fini les yeux brouillés et la main exsangue par dire que Montesquieu il est tragique sa race. J'ai acheté deux bouteilles de coca et un fromage que j'ai à moitié mangeant en chemin, et je vais dormir jusqu'à samedi matin où j'irai me jeter dans un Canaletto.

14.05.2007

Qu'on vogue à Sion

medium_convo.jpg

Regardant mon frigo plein, plein et plein de cochonneries à manger pendant le concours, pour pouvoir soit se ravitailler et continuer son petit bonhomme de chemin sur les hautes cimes de la réflexion, soit se désennuyer pendant que l'on patauge dans la fange de l'insuccès, je me suis dit qu'il fallait couronner cette pantalonnade par un rituel aussi grotesque : en allant tâter du pied. Hormis la syntaxe relativement absconse (couronner une pantalonnade par une godasse, c'est de plus en plus plus bas que terre, pour ne pas dire au ras des marguerites), vous me direz que ce n'est pas clair.
En deux mots comme en cent, je chercherais quelqu'un qui m'accompagnât demain honorer la tradition qui veut que l'on flatte le pied de Montaigne. Il faudra bien quelqu'un pour me tenir les cheveux quand je vomirai d'émotion.
Cette requête s'adresse en priorité aux chapeliers toqués.
Bien à vous.

10.05.2007

Miki sez i've got the best right hand in london

Tout le monde s'en fout, mais faisons le point.

Genre : on est jeudi depuis un peu plus d'une heure, donc le KK noir il est dans tout pile une semaine.
Genre, là je devrais être en train de compléter les révisions que j'ai sagement faites à la bibi'yothèque aujourd'hui, même si cela consiste à chercher sur Wikipedia les mots que j'ai notés sur un post it au fil de mes lectures. Bon, en l'occurence, je ne peux pas vous donner des exemples, vu que j'ai balancé lesdits post-it en vérifiant que, non, vraiment, je n'avais plus de clopes. Anyway, what the fuck, je ne me rappelle même plus de ce que j'ai révisé, je sais qu'il y avait des curés, des ciboires, et des paysans de Givet près de jeter des "...matières fécales" aux agents républicains venus ouvrir les tabernacles.
Alors il vaut mieux que j'abrège mes journées révisions pour aller, indolent et nu sous ma veste, voir Mariane Faithfull faire des handjobs pour soigner son fils Rolly Polly Holly mimi malin tout rond, tandis que D. me caresse le coude à côté de son gros pote qui pousse des soupirs inquiétants. Je vous raconte pas la fin, à savoir l'épineux problème : Maggie et Miki vont-ils s'avouer leur amour ?
De toute façons "ces derniers temps, tout les films se ressemblent. C'est comme si les réalisateurs s'étaient mattés en boucle You've got a mail. Mais [Faithfull] est pas mal, en clone de Meg Ryan."
Pues, vaya con dios Faithfull . Aquí, locos lectores mios, dites-moi ce que ça vous a fait de vous réveiller, lundi, dans une France qui vote Sarkozy.

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