19.10.2007

Où l'on s'épate et pas seulement de lapin

"Dans une autre tombe, appelée le "grands puits de la mort", le caveau contenant la royale dépouille ne fut pas retrouvé, mais soixante-quatorze personnes étaient là pour l'accompagner, des femmes en majorité, dont les corps étaient allongés, bien alignés, les jambes légèrement repliées, dans leurs plus beaux atours ; vingt-huit parmi elles portaient un cercle d'or sur la tête et un dégagement attentif permit de constater que les autres en avaient eu un d'argent qui n'avait pas supporté la corrosion ; les chariots, les boeufs, les lyres, les armes, tout était dans un ordre tel qu'il laisse supposer que c'est de son plein gré que cette suite s'est sacrifiée pour accompagner son maître. On peut en déduire aussi que leur mort n'a pas dû être brutale ; vraisemblablement, elle fut l'oeuvre d'un poison absorbé dans le caveau lui-même et qui a fait son effet une fois que chacun eut pris sa place avec ses instruments de musique, ses armes, ses bijoux ; aucune trace de révolte ; néanmoins il faut sans doute admettre que lorsque la mort eut accompli son oeuvre, un homme est descendu dans la tombe pour rectifier les positions des corps, tant était parfaite l'ordonnance de la sépulture ; un point pourtant, un détail, finement remarqué par le fouilleur, met dans le tableau une note imprévue : l'une des femmes n'avait pas son cercle d'argent sur la tête, on devait le retrouver sous son corps à la hauteur de se main, aplati et déformé ; et le fouilleur d'imaginer qu'en retard pour la cérémonie, elle n'avait pu poser son bandeau sur sa tête et qu'avant la minute fatale elle n'avait eu que le temps de s'installer à sa place."
Jean-Claude Margueron, la Mésopotamie