02.09.2008

Travelin' light

Oh, mince, les enfants, je vous avais presque oubliés. Heureusement que j'ai fait demi-tour pour vous venir repêcher sur le bord de la route, ha ha. Oublions ça, et laissez-moi vous abreuver en vrac de la soupe de ma vie quotidienne. Et ce sera d'autant plus long et soupeux que, effectivement, cela fait un bail.

La dernière fois que je vous donnais de mes nouvelles, j'étais chez ma mère, au royaume des chats. Où je suis encore, mais sans les chats qui sont partis courir le guilledou il y a de cela plus d'une heure. Entre temps, j'ai connu la Sicile, Venise (again) et le Danemark de Copenhague (pour une sweet escapade en couple, qui l'eût cru).

Niveau relations humaines, j'ai mangé des pâtes et bronzé avec des normaliens débutants qui m'ont sappé le moral en parlant de leur huge salaire, que je ne toucherai jamais puisque je suis juste étudiant en art. J'ai d'ailleurs à ce propos encore dû expliquer à mère et soeur l'intérêt de telles études. C'est que deux choses les préoccupent. D'abord savoir quoi répondre quand leurs relations sociales leur demandent ce que je deviens, ce que je fais comme études, et vers quoi cela me mènera. Du coup, j'ai donné la description la plus courte possible des activités que je vais reprendre dès septembre et du métier vers lequel, censément, les meilleurs peuvent aspirer parvenir. Et la voilà qui répète en détachant chaque syllabe "Seconde année d'histoire de l'art et tu vas devenir conservateur mais pas dans une bibliothèque mais de tableaux, c'est ça". La seconde chose, c'est le pouvoir d'achat, le 'prix de la rentrée' et le 'coût de la vie étudiante', comme le dit si bien Jean-Pierre Pernault. C'est vrai, ça, s'étonne ma mère, ne devais-je pas être rémunéré dès l'année dernière ? Je lui réexplique encore une fois que Normule Sap, c'est raté, je ne suis pas parmi les 75 petits veinards payés pour la pignolade, que j'encule désormais des mouches artistiques et que j'ai, pratiquement parlant, 'perdu' deux années. Toujours mues par l'inquiétude de la baisse du pouvoir d'achat, ma soeur a finement joué pour que ma mère parvienne à évoquer l'idée de me couper les vivres, tant que je ne ferai rien de sérieux - je veux dire, de sérieusement payé ; avec de l'argent, pas de l'épanouissement intellectuel qui ne paye pas les cartons de nouilles chinoises. In petto, j'établissais déjà un budget serré, à savoir chargé de ce que que jusque là ma rentière de mère mettait au compte de ses gracieusetés - un peu de sérieux, la loi exige qu'elle subvienne à mes besoins tant que je poursuis mes études. Oui, je pourrais avoir un job d'appoint, je me penche sur la question, ce qui revient à me demander à quoi suis-je bon.

J'ai oublié le point principal de cet exposé, à supposer qu'il y en eût jamais un.

Continuant dans les relations humaines, j'ai eu la chancequedisjelhonneur de rencontrer Art_hur, de Art_hur, v'savez. Nous avons beaucoup bu, soit en un endroit peu plaisant soit du mauvais cocktail, j'ai fumé outre mesure pour m'occuper les doigts et m'empêcher de redresser une de ses mèches de cheveux. Ivre, je ne lui ai rien caché de ma vie sentimentale et surtout sexuelle. Et pourtant il n'y point de baise. 'Ce qui laisse mon score de fuck-blogger à… bah… euh 1' -  deux si on extrapole. Trois, mais c'était un hasard.

Autre chose que j'estime de mon devoir de vous faire partager, c'est ma déception profonde, mieux, ma colère, en constatant qu'un immonde escrivaillon lacanien a éhontément pris d'assaut le sujet mythologique grâce auquel je prétendais -et prétends toujours, merde- faire éclater à la face du monde la force à la fois de mon talent et du drame bourgeois. Pire, cet infâme a le cran d'aller exhiber ses extrapolations freudiennes jusque sur la scène de la Comédie Française. On ne parle jamais d'Ovide, et voilà que les trois pages qui m'avaient intéressé sont portées sur scène par quelqu'un de possiblement plus doué que moi ; permettez de dire que cela me met dans une colère noire et que je suis  à deux doigts d'envisager la carrière de Sainte-Beuve ; écrivain raté, je deviendrais la langue de pute de la critique littéraire de nos contemporains. (Oh, et ce sera sans difficulté - vous avez lu du Florian Zeller ?).

 

Je crois que dans mon chemin discursif je viens de retomber sur le point principal de cet exposé, à savoir qu'il est vite temps que ce soit la rentrée, du moins que la Bibliothèque Sainte-Ginette rouvre ses portes avant que, telle une méduse liparote échouée sur la plage de cailloux, je ne me dessèche cruellement et perde tout ce qui, dans mon être déjà bien peu reluisant, faisait mon piquant et mes couleurs.

 

Cet article est trop long, et je m'excuse auprès de M. Zeller ; je ne l'ai pas lu non plus.