12.04.2007

Ta gloire est morte, ô Christ ! et sur nos croix d'ébène / Ton cadavre céleste en poussière est tombé. - Musset, Rolla , I.

Les premiers romantiques ont été voyants sans trop bien s'en rendre compte : la culture de leurs âmes s'est commencée aux accidents : locomotives abandonnés, mais brûlantes, que prennent quelque temps les rails. [...]

Musset est quatorze fois exécrable pour nous, générations douloureuses et prises de visions, - que sa paresse d'ange a insultées ! Ô ! les contres et les proverbes fadasses ! ô les Nuits ! ô Rolla ! ô Namouna ! ô La Coupe! tout est français, c'est-à-dire haïsable au suprême degré ; français, pas parisien ! Encore une oeuvre de cet odieux génie qui a inspiré Rabelais, Voltaire, Jean de La Fontaine, commenté par M. Taine ! Printanier, l'esprit de Musset ! Charmant, son amour ! En voilà, de la peinture à l'émail, de la poésie solide ! On savourera longtemps la poésie française, mais en France. Tout garçon épicier est en mesure de débobiner une apostrophe Rollaque, tout séminariste emporte les cinq cent rimes dans le secret d'un carnet. A quinze ans, ces élans de passion mettent les jeunes en rut ; à seize ans, ils se contentent déjà de les réciter avec coeur ; à dix-huit ans, à dix-sept même, tout collégien qui a le moyen fait le Rolla, écrit un Rolla ! Quelques uns en meurent peut-être encore. Musset n'a rien su faire. Il y avait des visions derrière la gaze des rideaux : il a fermé les yeux. Français, panadif, traîné de l'estaminet au pupitre du collège, le beau mort est mort, et, désormais, ne nous donnons même plus la peine de le réveiller par nos abominations !

 

Rimbaud, "Lettre du voyant"